Suivi des populations : un enjeu crucial pour le programme !

La lutte contre les rongeurs aquatiques exotiques envahissants (RAE), tels que le ragondin et le rat musqué, repose aujourd’hui principalement sur le piégeage dans notre département. Si ces actions permettent de limiter localement leurs impacts, leur efficacité à long terme demeure difficile à évaluer faute de données scientifiques sur la dynamique des populations. En effet, la simple quantification du nombre d’individus capturés ne renseigne pas directement sur la dynamique des populations. Par exemple, les taux de capture doivent être mis en lien avec les densités locales, la capacité de reproduction des individus et des femelles notamment, et la survie des populations.
Ces informations sont essentielles pour comprendre les mécanismes de recolonisation des milieux après piégeage et adapter les stratégies de gestion. L’absence de suivi écologique limite la possibilité d’identifier les zones sources ou les périodes clés de reproduction, ce qui réduit l’efficacité des campagnes de capture. Disposer d’indicateurs biologiques fiables — tels que la densité d’individus, le taux de gestation ou la structure d’âge des populations — permettrait d’évaluer l’impact réel du piégeage et d’optimiser l’effort de lutte. Une meilleure connaissance des paramètres démographiques des RAE est donc indispensable pour orienter les actions vers une gestion adaptative, plus stratégique et durable, conciliant protection de la biodiversité, santé publique et préservation des activités humaines.
Depuis 2022, tous les cadavres des individus capturés par les piégeurs pilotes impliqués dans l’évaluation des taux de capture sont apportés au laboratoire BiodivAG pour dissection et autopsie. Ainsi, plusieurs variables morphométriques et biologiques sont estimées. Par exemple, l’âge des individus est estimé à partir d’une méthode fiable, et toutes les femelles sont disséquées afin d’évaluer leur statut reproducteur, la taille de leur portée et le stade de développement des fœtus. À ce jour, environ 500 individus ont été disséqués et autopsiés. Si les résultats sont en cours de valorisation, le fait le plus marquant est que 93 % des femelles adultes sont gestantes, et que ce taux reste très élevé tout au long de l’année !
